Si on se réfère aux quatre articles précédents articles précédents (Le défi des technologies numériques, S’adapter à la perturbation numérique, Technologies et perspectives d’avenir, Imaginaires sociaux et contre-mondes numériques), il va sans dire que des politiques sont nécessaires pour améliorer les compétences, remédier aux défaillances du marché, limiter les dommages et réduire les inégalités, mais les questions plus vastes soulevées par l’empiètement de l’IA et de l’apprentissage machine ne doivent pas être laissées aux entreprises et au marché, à l’État ou aux acteurs de la société civile, seuls.

Le plus grand défi consiste à assurer un dialogue multipartite solide qui permette d’examiner les « notions et images normatives plus profondes » qui soutiennent la croyance répandue que l’orientation générale du changement technologique est, en fait, compatible avec l’autonomie et la prospérité humaines. Il est important de reconnaître que l’orientation du changement technologique n’était pas inévitable historiquement et n’est pas inévitable maintenant.

Le discours sur l’inévitabilité technologique et l’adaptation pour assurer la compétitivité économique de l’industrie est profondément enraciné, tout comme l’opinion selon laquelle on peut compter sur la société civile, sans l’aide des institutions officielles, pour obtenir des résultats conformes à l’équité sociale.

Si la « création destructrice » est effectivement le résultat probable de la voie de l’innovation technologique numérique, il faut agir avant qu’il ne soit trop tard et qu’il ne soit plus possible de revenir en arrière parce que l’autonomie humaine aura été compromise.

Il est donc impératif de révéler les normes et la dynamique du pouvoir de la gouvernance par les médias sociaux ou de la gouvernance par l’infrastructure technologique, mais cela doit s’accompagner d’une attention beaucoup plus grande à la promotion active d’imaginaires sociaux compatibles avec le maintien des êtres humains dans une position faisant autorité et responsable en matière de technologie.

© Texte, Robin Mansell, London School of Economics and Political Science, London, UK
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