Le gouvernement suédois considère que les déplacements en train de nuit sont une option peu coûteuse et respectueuse de l’environnement. Il la considère même comme la clé pour devenir, de tous les pays, le pays du bien-être sans énergies fossiles.

Dans le but de réduire l’empreinte carbone massive du transport mondial, la Suède prévoit de relancer un élément de base des voyages du XXe siècle, le train de nuit.

Le 30 mars 2019, le gouvernement suédois a annoncé qu’il financera la création de services ferroviaires de nuit de la Suède vers le continent européen. Selon une déclaration du gouvernement de coalition sociale-démocrate-verte, l’État suédois injectera 50 millions de couronnes (4,5 millions d’euros) dans la création de liaisons nocturnes par train vers les principales destinations européennes, dans le cadre d’une campagne visant à donner aux Suédois des moyens de voyager sur de longues distances à faible teneur en carbone.

Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle prometteuse pour ceux qui veulent voir les émissions de carbone réduites, mais aussi d’un coup de pouce majeur pour l’ensemble des trains de nuit européens, qui ont lutté au point de risquer l’extinction ces dernières années. Au XXe siècle, ces services étaient la norme sur tout le continent. Depuis le début du millénaire, cependant, les compagnies aériennes à bas prix ont connu un essor fulgurant, tandis que les trains à grande vitesse ont rendu les voyages de nuit moins nécessaires sur de nombreux itinéraires.

Pour Per Bolund, sous-ministre des Finances et représentant du Parti vert, « Nous le faisons afin de faire face aux changements climatiques, de bâtir une société forte et d’atteindre l’objectif de devenir le pays du monde où il n’y a plus d’émissions fossiles. Étant donné que de plus en plus de gens veulent pouvoir voyager de manière intelligente, tant en vacances que pour le travail, c’est à nous, politiciens, de contribuer à ce que le train devienne une alternative évidente pour se rendre dans le reste de l’Europe. »

Le nouveau financement servira à faire des recherches sur les routes les plus en demande et à trouver des entreprises capables d’exploiter le service. Cela pourrait signifier qu’il faudrait peut-être éviter la compagnie ferroviaire nationale SJ (Statens Järnvägar), qui exploite actuellement un service de nuit international (de Stockholm à Narvik, Norvège), mais a récemment déclaré qu’elle attendrait une décennie avant d’introduire des services de nuit sur le continent européen. Ce retard serait dû à la construction d’un tunnel ferroviaire de 17 kilomètres de long entre le Danemark et Copenhague, la liaison fixe de la ceinture de Fehmarn, qui réduirait la durée du trajet en train de Copenhague à Hambourg de cinq heures à deux heures seulement.

Il est indéniable que cette liaison permettrait d’accélérer considérablement les déplacements dans la région, mais la construction ne devant commencer qu’en 2020, l’inauguration du tunnel est trop décalée dans le temps pour les Verts suédois. Reste à savoir si SJ changera d’avis pour remporter le contrat de train de nuit ou si le gouvernement choisira un autre transporteur, comme par exemple Snälltåget, une compagnie qui exploite actuellement les seuls autres services de nuit internationaux en Suède, de Malmö à Berlin et (encore) Narvik.

Bien que les changements dans l’industrie du voyage aient eu tendance à pousser les trains de nuit à quitter le marché, il est clair qu’ils suscitent encore un certain intérêt chez les voyageurs. Lorsque la Deutsche Bahn allemande a interrompu son service de nuit en 2017, les Chemins de fer fédéraux autrichiens ont repris certains des principaux itinéraires. La reprise s’est avérée un succès, le nombre de passagers passant de 1,4 million à 1,6 million entre 2017 et 2018, soit une augmentation significatives des bénéfices Pendant ce temps, des services de loisirs bien établis tels que le London-to-Scotland Caledonian Sleeper continuent de prospérer.

Les services de train de nuit restent populaires, parce que beaucoup de gens les apprécient. La durée du voyage, bien sûr, est généralement beaucoup plus longue qu’en avion, même si l’on tient compte des escales et de la sécurité, mais il y a d’autres compensations. Généralement programmés pour partir tard le soir et arriver avant le début de la journée de travail, les trains de nuit offrent la possibilité de dormir et de voyager plus tranquillement qu’une ruée matinale vers l’aéroport. Ils peuvent également être vendus à un prix raisonnable. Par exemple, sur le service de nuit Vienne-Berlin, un billet aller simple avec un siège couchette inclinable coûte 29 €, une couchette (un compartiment pour quatre ou six personnes dont les couchettes se replient en sièges confortables pendant la journée) à 49 € et une couchette simple avec toilettes et douche privées à 139 €. Si le voyage vous permet d’économiser le coût d’une chambre d’hôtel, et beaucoup de gens semblent en convenir, ce n’est donc pas une si mauvaise affaire.

Alors que les perspectives semblaient sombres il y a quelques années à peine, le plan de la Suède arrive à un moment où la situation du secteur semble s’améliorer à nouveau. Il est toutefois difficile de dire dans quelle mesure le plan s’en tirera sans connaître les itinéraires. Les candidats les plus probables pour un service de nuit à destination de la Suède seraient les grandes villes d’Europe du Nord telles que Hambourg, Berlin, Francfort et Amsterdam, bien que d’autres villes un peu plus éloignées, comme Bruxelles et même Prague, pourraient également être des options possibles.

Même un service de train de nuit suédois couronné de succès restera probablement une alternative de niche à l’aviation, plutôt qu’un concurrent menaçant. Mais mettre plus de gens sur les rails ne peut qu’avoir un effet positif sur la réduction de l’empreinte carbone de la mobilité internationale. L’idée de trains pleins de passagers endormis alors que ces derniers s’agitent sur les aiguillages peut sembler pour la plupart d’entre nous une image du passé. Peut-être, et c’est peut-être juste, que ce pourrait aussi être une vision de l’avenir.

© Texte, Fergus O’Sullivan
© Traduction, Photo|Société
© Photo entête, Interrail