La sociologie, en 150 ans d’existence, est parvenue à produire des concepts porteurs (classe sociale, gradient social, rôle social, fonction sociale, exclusion, stigmatisation, changement social, lien social, cohésion sociale, anomie, fait social total).  C’est à peu près tout ce qu’elle est arrivée à faire.

Loin de cette science qu’est la physique, qui peut prédire rigoureusement ce que personne n’a jamais vu auparavant, avant l’émergence même de toute preuve empirique, la sociologie ne peut strictement rien prédire à propos de l’évolution des sociétés, car malgré le puits sans fonds des faits sociaux observables, il est impossible d’en tirer une quelconque prédiction (les sociétés sont irréductibles à toute formalisation et à toute prédiction).

Pire encore, c’est grâce à ce puits sans fonds de faits observables, que certains sociologues osent prétendre faire de la science lorsqu’il est question de la théorie du genre (une fraude scientifique sciemment structurée et organisée), lorsqu’il est question de laïcité (de soi-disant experts non imputables publiquement des propositions qu’ils avancent), lorsqu’il est question d’identité (des moralisateurs patentés — Charles Taylor, Gérard Bouchard), et bien d’autres domaines encore. Le résultat, c’est que toutes ces théories pseudo-scientifiques nous ont embarqué dans un voyage sur la nef des fous.

Que reste-t-il à la sociologie pour éviter de sombrer encore plus dans le discrédit où elle se trouve présentement ? Éviter de penser qu’elle est une science (comme le soulignaient Claude Lévi-Strauss et Karl Popper), et s’en tenir à l’observation sur le terrain de faits empiriques, de les rapporter, et de tenter d’en dégager un portrait d’une situation dans un contexte donnée à un moment donnée. Rien de plus…

En ce sens, l’un des apports concrets de la sociologie visuelle, à travers le documentaire, est justement de visuellement rapporter des faits observables directement depuis le terrain sans surtout prétendre faire de la science, avec la seule prétention de rapporter et de décrire une réalité sociale, dans un contexte social donné, dans une société donnée, à une époque donnée. Certains sociologues diront que ces faits relèvent de l’anecdotique, mais les sociétés ne sont-elles pas justement une somme d’anecdotes qui cumulent jusqu’à faire société ?

Serait-il intéressant de faire un documentaire sur la théorie du genre et de ses impacts sur la société ? Sûrement et assurément !

Et voilà, je viens de me faire plein de nouveaux ennemis dans mon propre camp !

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue et cinéaste, 2019
© Photo entête, Université de Köln